Le blog LE VIVAT
Arnaud Troalic -metteur en scène et co-fondateur de la compagnie Akté- et Julien Flament, comédien, présentent au Vivat les 24-25 novembre prochains la pièce "Borges vs Goya", qui fait coexister sur le plateau deux pièces de Rodrigo Garcia : "Borges" et "Goya". Deux textes qui s’entrecroisent pour mieux comprendre les fascinations et les rages qui animent ces deux artistes. En amont de la pièce, ce stage, propose un temps exceptionnel d’expérimentation autour des œuvres de Rodrigo Garcia. Les stagiaires pourront s’approprier la langue, les textes de Rodrigo Garcia, afin de pouvoir improviser et mettre en scène de courts extraits de cet auteur contemporain et subversif.
Ce stage a lieu :
samedi 21 & dimanche 22 novembre à la Maison des Artistes de l'EPSM
(samedi 15h-18h & dimanche 11h-13h et 14h-17h)
Ouvert à tous dès 16 ans
Ecrire un mail au VIVAT pour avoir plus de renseignements ICI
Tarif 22 euros (réduit * 18 euros) / spectacle "Borges Vs Goya" (24 ou 25 novembre au choix) inclus
* Tarif réduit (sur présentation de justificatif) : armentiérois, - 26 ans, étudiants, demandeurs d'emploi, bénéficiaires du R.S.A., plasticiens inscrits à la MDA, intermittents du spectacle. Possibilité de réglement par chèques crédit-loisirs.
Extraits des pièces
Borges
Je l'ai vu au café Tortoni, Borges, avec sa secrétaire et son secrétaire et avec Octavio Paz,
le poète qui ne s'est jamais mouillé pour rien ni personne, le poète décoré, le poète médaille. Ils étaient assis là, les deux poètes médaille, ceux qui ne se sont jamais mouillés pour personne, et tout au fond, des inconnus jouaient au billard. Mais moi, je ne les voyais pas de cet oeil. Avec mes dix-sept ans et une vocation littéraire, je les voyais telle deux apparitions. Je me suis levé deux fois pour aller pisser, rien que pour raser leur table, histoire de choper quelque chose au passage, et quand j'allais leur adresser
la parole, je ne leur adressais pas la parole, parce que je n'avais rien à dire.
Dix-sept ans ! A cet âge-là, on ne sait pas ce qu'on admire. Page 15
Quand ma mère sera morte, ma mémoire va mourir, parce que ma mère connaît le jour et l'heure de tout ce qui m'est arrivé dans la vie et la tête que j'ai faite à ce moment-là.
Quand ma mère sera morte, je ne vais rien savoir, à cause du peu d'importance que j'ai accordée à mes pas - je les ai pris pour ce qu’ils sont, des pas, un point c'est tout. Page 23
Je lui dynamite sa tombe AU VIEUX, TANT ET SI BIEN QUE SES RESTES VOLENT JUSQU'A L'OBELISQUE. Jusqu'à l'obélisque, impossible : c'est pas la porte à côté,
c'est dans le centre de Buenos Aires, sur un autre contineeeeeennnnnt !
Et ça retombe aussi dans La Bonbonera, le stade de Boca.
Une moitié est retombée à côté de l'obélisque et le reste devant la porte du stade de Boca : au fond, côté sud. Au milieu du kop, chez les ultras.
La porte 7, c'est là qu'on vend les sandwichs de chorizo, les choripains !
Les petits morceaux pourris du vieux Borges tombent sur le gril et ils se font bouffer dans un choripain. Le chorizo est grillé sur les braises. Et les braises, c'est de la cendre. Chaud devant ! Les cendres du vieux Borges ! Ça, oui, c'est de la cendre !
Ce qu'il détestait le plus, bordel, le foot ! Et il se fait bouffer en plein match !
Ils crient goal la bouche pleine de Jorge Luis Borges, ils postillonnent quelqu'un d'important, attention ! Espèces de Noirs de merde, bandes de brutes, vous autres
les fans de boxe - comment ça, de boxe, je perds la tête - vous autres les fans de foot,
vous êtes une bande de brutes à la con !
Ciao Spinoza ! Ciao Stevenson ! Ciao Keats ! … Je me souviens, quand il est mort,
j'étais à Madrid, j'ai acheté tous les journaux, j'étais effondré, je pleurais ! Page 35
Ni tigres, ni labyrinthes, ni miroirs, ni Schopenhauer, ni Quichotte : un aller simple
chez les prolos, dans la tribune du fond, côté sud, avec les Noirs, les masses laborieuses
en train de se tirer des balles dans le ventre, dans la poitrine, les flics en train de bastonner, et pendant ce temps, des gens qui écrivent de la poésie et de la littérature fantastique et des gens qui font des films de divertissement. Page 37
Il faut bien ça ! - ils disent - vu la merde dans laquelle on est,
l'impasse dans laquelle on est, il faut bien se distraire et il faut bien se cultiver !
C'est ça, moi je dis : indispensable, moi je dis ! Ces contenus recherchés, lointains,
comme c'est édifiant ! On évalue les artistes en fonction de leur hermétisme et
on évalue les commerçants en fonction de leur évidence la plus pathétique.
On glorifie les extrêmes - ce qu'on peut vendre et acheter - : la culturaille inaccessible
ou bien ce qui est ressassé jusqu'à épuisement, et résultat : rien ne sert à personne
pour vivre et pendant que je répète vivre-vivre, je pense mourir. Page 39
Goya
Je préfère que ce soit Goya qui m'empêche de fermer
l'oeil plutôt que n'importe quel enfoiré.
Je préfère que ce soit Goya qui m'empêche de fermer
l'oeil plutôt qu'Adidas, Findus, Volkkswagen, la voisine, un salaud
qui prétend être mon meilleur ami ou une connasse qui rabâche qu'elle m'aime.
Si je n'arrive pas à fermer l'œil de la nuit, bordel,
autant que ce soit à cause d'un tableau de Goya.
Et pas à cause d'une bagnole que je ne peux pas me payer.
Ni parce que j'ai bouffé de la viande froide en conserve et que j'en suis malade.
Ni parce qu'une fois de plus je m'y suis pris trop tard pour les soldes et que j'ai raté le moins cher du pire alors qu'on n'a pas les moyens d'acheter autre chose.
Page 7
Il faut qu'on aille au Prado un de ces soirs, je dis à mes fils.
Alors ils me répondent qu'ils avaient prévu d'aller à Disneyworld Paris.
Nous, on se dit que ce serait une bien meilleure idée d'aller à Disneyworld Paris.
Parce que pour comprendre la tristesse de l'homme moderne, il vaut mieux passer
un petit moment avec Mickey en personne, c'est-à-dire un gamin sous payé qui passe douze heures à bosser et à cuire dans son jus sous un costume en peluche sans un trou pour respirer, plutôt que de se balader devant Saturne dévorant ses enfants ou
Le Duel à coups de gourdin, ou n'importe quelle autre peinture de Goya, Vélasquez, Zurbaran ou Bosch, me dit l'aîné de mes deux fils.
Pages 11-13
Jeu 5 nov 2009
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