Lundi 12 octobre 2009
1
12
/10
/2009
16:50
Depuis 2004, Herman Diephuis a signé plusieurs spectacles nourris par un musée imaginaire qui embrasse aussi bien l'âge classique que la culture pop
contemporaine.
Dans « D’après J.-C. », les représentations de la vie du Christ dans l’art de la Renaissance étaient une grammaire de gestes et d’attitudes à
réinventer par la danse. « Dalila et Samson , par exemple » s’inspirait de couples mythiques et bibliques de la peinture baroque des Pays-Bas. Récemment, dans « Julie, entre autres », il portait
son regard sur l’actrice Julie Andrews dans la fameuse comédie musicale « La mélodie du bonheur » pour décrypter, ce qui par-delà les époques, fait la force de ce mythe cinématographique créé en
1965.
Avec « Paul est mort ? », Herman Diephuis s’attache aux groupes des années 60 qui, à l’image de quatre célèbres « garçons dans le vent » ont participé
musicalement à la révolution culturelle de leur temps. Dans le contexte socio-politique de l’époque, ces groupes focalisent l’intérêt d’une jeunesse assoiffée de liberté. Ils deviennent la cible
des medias qui alimentent et relaient les péripéties de ces formations musicales, participant ainsi à la construction d’un mythe. Les grands rassemblements collectifs suscités par la musique pop
précèdent de peu la déchéance des idéaux de toute une génération. L’enthousiasme sincère du début est supplanté par les enjeux mercantiles du show busines; à l’émulation artistique succèdent les
luttes d’ego; l’accession aux sommets de la gloire est parfois sanctionnée par une fin brutale.
C’est dans le sillage de ces icônes à la fois glorieuses et dérisoires qu’Herman Diephuis a imaginé son groupe composé de : Jean-Baptiste André,
Jérôme Andrieu, Julien Gallée-Ferré : un trio pop rock, à la fois groupe et groupie, s’exprimant d’abord par le mouvement pour réactiver un imaginaire avec mordant et humour, sans oublier la
batterie qui occupe le centre de l’espace... Le chorégraphe se laisse la liberté de réagencer le matériau qu’il a choisi dans une iconographie évidemment importante. Quant à la musique, elle sera
convoquée autant comme pulsation que témoin d’une époque. Herman Diephuis l’a induit dans ses précédentes pièces : le travail de mise en scène et de chorégraphie est pour lui un art du détail où
la citation décèle l’inattendu au détour d’images trop connues pour pouvoir encore être vues sans un glissement du regard. Regard qui n’est dès lors plus un mouvement rétrospectif et compassé
mais une manière de faire d’une histoire singulière une matière vivante, littéralement « re-présentée » au public.
Une représentation dans laquelle Herman Diephuis laisse toujours la place à l’image manquante, celle dont procèdent toutes les autres... Autant dire
la place à l’imaginaire du spectateur.
Guillaume Schmitt / Le Manège de Reims - avril 2008
Par LE VIVAT
-
Publié dans : Les spectacles
0
-
Recommander