Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 14:12
LE CABARET DES ENGAGES
Nicolas Ducron
jeudi 17 décembre 20h30
Réservez sur le site du Vivat ICI


Une démarche de création
 

 

Ce spectacle est né d’une «commande». Thierry Roisin, directeur de La Comédie de Béthune, m’a proposé de créer un spectacle dans le cadre de son action de décentralisation culturelle, Itinéraire bis. Il a évoqué un thème : l’engagement, sous forme de cabaret musical. Ce sujet a fait mouche. J’y ai vu une occasion unique de renouer avec les grandes causes politiques et sociales. C’était aussi une possibilité merveilleuse de relever un immense défi: réussir un spectacle à partir d’un mot, d’une idée, l’engagement.  

 

 

 

Des témoignages 

La première partie de mon travail s’est articulée autour d’interviews de personnes de la région de Béthune. Qu’est-ce que l’engagement aujourd’hui en France ? Pour quelle cause sommes-nous encore prêts à nous engager ? Jusqu’où ? Serions-nous toujours capable de mourir pour ce que nous croyons juste ? A travers ces interrogations l’occasion était donnée aux gens de se positionner par rapport à leurs idées, chacun devant se définir par rapport à son engagement dans la société et, éventuellement, prendre conscience de son inactivité, de sa passivité. Différents points de vue ont ainsi été récoltés, croisant les origines sociales, les générations... (Classe d’enfants de CM1, pompier, agriculteur, conseiller municipal, syndicaliste, fleuriste, curé, directeur d’école, chômeur, retraitée, mercière, musicien...)  

Des portraits et des masques  

Combinées avec une série de portraits photographiques, les interviews des personnes rencontrées font l’objet d’une exposition dans chaque lieu de l’arrondissement de Béthune où nous jouons. Les photos sélectionnées sont agrémentées de légendes où l’on peut lire un ou plusieurs extraits des prises de parole des uns et des autres. 

Ces visages, qui habillent nos lieux de représentation, sont la trace de la pensée contemporaine sur l’engagement. A ces portraits, nous répondons sur scène par des masques. Les personnages de notre spectacle sont la représentation vivante et poétique de tous ces individus, de tous ces points de vue sur le monde. Comme des marionnettes, agitées et manipulées par ces pensées multiples, nos masques racontent l’engagement, comme un phénomène actif, chantant, remuant et oeuvrant pour un monde meilleur. Ils sont par extension l’incarnation de chacun d’entre nous.  

 

 


Un cabaret masqué, musical et théâtral  

 

Gueules cassées, visages burinés, tronches populaires de canailles, poivrots lunaires et philosophes des ruelles composent depuis des lustres ce cabaret intemporel. 

La poussière aux godillots, ils arrivent, brandissent des poings. Avec la gouaille des faubourgs, la force des révolutionnaires, ils entonnent quelques mazarinades, font revivre les textes de Léo Ferré et de Boris Vian, saluant au passage les Têtes raides et les Sex Pistols. 

 

Pour animer ce cabaret, j’ai imaginé quatre protagonistes singuliers. Je voulais m’éloigner de la réalité, ouvrir l’imaginaire à des êtres intemporels, fabuleux : costumes rapiécés, mélangeant les époques et les cultures, la manche d’un vieux pull de laine avec un frac 19ème, des costumes coupés à l’ancienne sur des bottes en feutre russes, un chapeau haut-de-forme avec un bonnet de laine. Je pensais à l’allumeur de réverbères du « Petit Prince » de Saint Exupéry, personnage absurde et poétique, travailleur à la chaîne, n’ayant de cesse d’allumer et d’éteindre le réverbère de sa planète. Il m’évoquait un masque, venu d’un autre espace, d’un autre temps. Je pensais au meneur de revue du film « cabaret », un esprit caustique, étrange, outrancier, blagueur, qui dépeint avec malice, aux bourgeois leurs vices, au petit peuple son destin. Guindé dans son costume dépareillé, il nous observe derrière son monocle d’un oeil de corbeau. 

Je pensais au vieux Ferré, à Jehan Rictus ou à Gaston Couté, poètes anarchistes révoltés, amis de la racaille et des pauvres gens, dignes dans un pantalon troué. Je pensais à cette jeune fille mongole dans le film « Urga », qui joue de l’accordéon dans sa yourte. Jeune nomade à la jupe sale et colorée, elle incarne le vagabondage, les contrées lointaines et désertiques, la liberté. 

 

Quatre mondes étranges et poétiques réunis dans une gamme de couleurs passées, élimées par les siècles.  

 

Voilà pour commencer à rêver...  

 

 

 

Un cabaret « de campagne»  

Un espace vide pour le jeu, délimité par les ampoules colorées d’une guirlande de lumière. Un rideau de velours rouge, fatigué, raccommodé, pour apparaître et disparaître. 

Deux réverbères dépareillés, rouillés, pour fixer le rideau. L’un est une lumière blafarde, l’autre une ambiance chaleureuse. Un espace libre avec des instruments de musique et des tabourets de bois rouges. Enfin des acteurs pour faire vivre cet espace. 

 

Pouvoir jouer ce spectacle partout, voilà l’idée de départ : dans des théâtres comme dans des gymnases, sur une scène comme sur le sol carrelé d’un réfectoire. 

La compagnie de l'hyperbole à trois poils
Créée en décembre 2000 dans le Nord de la France (à Boulogne-sur-mer), la compagnie de l'hyperbole à trois poils est née d'un désir intense de théâtre et de partage. Pouvoir jouer partout, démocratiser l'art dramatique, rendre accessible à tous de grands classiques comme de grands contemporains, tels ont été nos objectifs pendant sept ans. Sur le sol carrelé des réfectoires, dans les gymnases, mais aussi sur les places de village et dans les théâtres bien sûr, nous avons tout fait pour activer la plus noble des décentralisations théâtrales, celle qui touche ceux qui ne vont jamais au théâtre, celle des petites villes et des campagnes, des salles des fêtes... 

 

Toute pensée peut prendre corps dans le théâtre et le théâtre contient l'humanité du monde : l'amour, la révolte, l'humour, la beauté, l'horreur... La représentation théâtrale offre une qualité d'expression unique et inégalée. Elle permet un rapport direct, d'échange immédiat avec le public. Le temps d'une représentation, deux mondes peuvent se rencontrer, se jauger, se frotter, influer l'un sur l'autre et se nourrir de cette expérience unique. L'art vivant me procure une dimension d'échange intense avec les autres. Par le théâtre je peux être subversif, tendre ou corrosif, partager mon goût pour la poésie, qui est, à mon sens, la seule forme possible de liberté. Mon ambition a été, pendant sept ans de faire aimer le théâtre aux gens. Nicolas Ducron

 

 

 



 

Par LE VIVAT - Publié dans : La programmation
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