Lundi 15 décembre 2008
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"Lulu, une opérette de circonstance"
Chorégraphie de Mark Tompkins
Musiques de Nuno Rebelo
Au Vivat samedi 31 janvier à 20h30 / Réservez ici
Cette pièce sera précédée de "Vox" (de Damien
Bouvet) à la salle des fêtes de l'EPSM.
Lulu labyrinthe du désir
Mark Tompkins déplace sa danse vers le théâtre musical, et saisit l'incandescente Lulu dans une opérette de
circonstance en tissant un labyrinthe de chair et d'esprit.
Sa Lulu scénographie un duo d'amour chanté et dansé par une femme et un homme - démultiplié en d'autres. Sa Lulu a digéré les héritages de Wedekind, Pabst et Berg, et se dope à «l'Éros, dans sa
tonicité solaire et sauvage, dans toute sa ténacité effrénée et irrésistible» saisies par Violette Villard.
Mark Tompkins a ouvert sa boîte à Pandore où la palpitante Lulu languissait depuis longtemps. Et c'est en musique et en chansons que le chorégraphe, accompagné du fidèle guitariste Nuno Rebelo,
traverse le labyrinthe du désir à la suite de l'ange noir. L'empreinte et l'enthousiasme qu'il suscita en résidence à Strasbourg (1999 à 2000), l'énergie qu'il y déploya, font que le retour en
ville de l'Américain dégingandé et de sa compagnie IDA est attendu de pied ferme - c'est d'ailleurs à Pôle sud, l'un des co-producteurs, que s'ouvre le ballet des représentations de Lulu.
Dans nos sociétés soi-disant libérées - encore que -, la scandaleuse Lulu n'a rien perdu, dit Mark Tompkins, de son intensité. Sa quête fracassante et inassouvie d'amour n'interroge-t-elle pas
nos désirs, pulsions et frustrations, alors que la mort rôde ? Si la musique soutient la trame du spectacle, elle n'emprunte en rien aux registres familiers de Tompkins (son dernier album
lorgnait vers la pop, le rock) : une humeur symphonique instille les compositions enregistées avec un orchestre de cordes, bois, cuivres et percussions. Chantés en anglais, les textes défilent
sur un journal lumineux.
En délaissant la narration connue de tous, Mark Tompkins inscrit sa Lulu dans un espace mental aux projections métaphoriques fortes. Y évolue la fascinante Alexandra Sarramona, en perruque noire
à la Brooks, idéalement voluptueuse et vénéneuse. Rompue au music-hall, au théâtre comme au cinéma, la meneuse de revue conduit sa passion charnelle jusqu'au bout. Face à elle, un homme agissant
pour les autres - Mark Tompkins chante toutes les autres voix, Schön, Alwa, Schwarz, Jack l'Éventreur, et la comtesse Geschwitz. Tous ces autres que nous sommes, qu'il sont, témoins voyeurs,
aimés, aimants, cabossés d'amour, fous de désirs. En perpétuelle quête.
L'utilisation de la vidéo, qui revient ici en force dans le travail de IDA, démultiplie l'espace, dilate le temps et crée ainsi une labyrinthique Lulu. Autour du couple tournoient le vidéaste
Gilles Toutevoix, le scénographe Jean-Louis Badet et l'éclairagiste Rodolphe Martin. L'incrustation dans l'image, les séquences de vidéos live, préenregistrées, et de flash-back stratifient corps
et esprit de la femme fatale.
"Nous pouvons tous encore devenir fous", écrit Frank Wedekind. Aujourd'hui comme hier mais à une nuance près, car désormais le plaisir à tout prix - certains diraient de divertissement - veut
conjurer une grande peur d'affronter. Et tout toujours frémit sans jamais se rebeller. Veneranda Paladino Dernières nouvelles
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